
Shiroo, l’application d’Araïko lancée en septembre 2024 pour les PME et ETI industrielles, mise sur la contribution spontanée : chacun partage son savoir-faire à l’oral, en photo ou en vidéo. Si vous cherchez une alternative, la vraie question n’est pas « quel logiciel a le plus de fonctions ? », mais « qui va faire sortir le savoir tacite de la tête de mes experts, et à quel moment ? ». Ce comparatif distingue trois approches, nomme les solutions françaises que nous croisons sur ce terrain et vous donne des critères pour trancher.
Personne ne remplace un outil sans raison. Dans les échanges que nous avons avec des dirigeants de PME, des DRH et des responsables Knowledge Management, les motifs reviennent presque toujours dans le même ordre.
Ces motifs expliquent la grille de lecture du reste de l’article : on compare moins des fonctionnalités que des modes de captation.
Avant de comparer, un constat chiffré. Selon l’enquête Archimag de 2025 sur les organisations françaises, 79 % des professionnels jugent les connaissances tacites (expertises métier, savoir-faire) comme le type de connaissance le plus complexe à gérer, et 45 % des organisations n’ont aucune politique formelle pour les collecter.
La recherche académique française explique en partie pourquoi. Une étude de cas multiples sur la pérennisation du savoir tacite montre que les experts résistent à formaliser des savoirs qu’ils vivent comme une composante de leur identité. Elle indique aussi que la maïeutique conversationnelle, qui agit comme un miroir plutôt que comme une contrainte administrative, convient mieux que les formulaires pour traduire l’expérience en ressources actionnables. Les mêmes travaux appellent à une gouvernance stricte pour éviter les biais cognitifs et l’opacité des modèles. Nous y reviendrons.
Conséquence pratique : un outil où l’on doit décider de contribuer capte surtout ce que les gens savent déjà qu’ils savent. Ce qui disparaît avec un départ, c’est le reste : le réglage qu’on fait « à l’oreille », l’ordre dans lequel on traite un litige client, le fournisseur qu’on appelle quand tout va mal.

C’est l’approche de Shiroo. D’après l’annonce de lancement publiée par son éditeur en septembre 2024, l’application vise les PME et ETI industrielles, fonctionne depuis un simple smartphone, accepte la voix, la photo et la vidéo, et propose une recherche sémantique pour retrouver l’information sur le terrain. Sa force : elle s’intègre au quotidien et valorise le savoir opérationnel, celui qu’on documente en situation.
Sa limite : elle dépend de la régularité des contributeurs. Les experts en Knowledge Management le répètent dans le rapport Archimag cité plus haut : le frein est d’abord culturel, et il faut des processus de partage réguliers plutôt que des campagnes ponctuelles. Une contribution spontanée suppose donc une culture de partage déjà en place.
D’autres acteurs français abordent le sujet par l’humain. C’est le cas de Talhia, proposé par Weelife, spécialiste des transitions de vie : la page dédiée à la transmission des savoirs présente une solution qui donne la parole aux collaborateurs avant un départ à la retraite ou une mobilité interne. On est ici sur un accompagnement de fin de carrière, avec une logique de valorisation des parcours.
Araïko, l’éditeur de Shiroo, propose aussi Tsūro, une suite logicielle IA pensée pour les connaissances de terrain. Si vous évaluez Shiroo, regardez les deux : ils répondent à des périmètres différents.
C’est l’approche de Skillsay. Plutôt que d’attendre une contribution, une IA vocale mène l’entretien : elle relance, demande « pourquoi », fait préciser les exceptions, revient sur une réponse trop vague. L’expert parle, il ne rédige pas. Le contenu est ensuite structuré, validé par l’expert, et devient interrogeable.
Nous détaillons la méthode dans notre article sur l’interview vocale IA pour capturer le savoir tacite et dans celui consacré à la méthode de capture du savoir tacite qui fonctionne en entreprise.
Les éléments ci-dessous reposent sur ce que les éditeurs publient eux-mêmes ; vérifiez toujours le périmètre actuel auprès de chacun, car ces produits évoluent vite.
| Critère | Shiroo (Araïko) | Talhia (Weelife) | Skillsay |
|---|---|---|---|
| Mode de captation | Contribution à l’oral, en photo ou en vidéo, depuis un smartphone | Prise de parole des collaborateurs avant un départ ou une mobilité | Interview vocale menée par l’IA Olivia, avec relances |
| Initiative | L’utilisateur contribue | Cadre de transmission accompagné | L’IA conduit l’entretien |
| Cible mise en avant | PME et ETI industrielles | Transmission avant départ, mobilité interne | PME/ETI, réseaux, franchises, cessions-reprises, offboarding |
| Savoir tacite (raisonnement, exceptions) | Dépend de la qualité des contributions | Selon l’accompagnement | Cœur de la méthode : questions clés et relances |
| Documents, vidéos, audios | Photos et vidéos de terrain | Non précisé | Intégration et analyse automatique, en plus des interviews |
| Mémoire interrogeable, agents IA | Recherche sémantique | Non précisé | Agents IA interrogeables, multilingues |
| Hébergement | Non précisé | Non précisé | Stockage sécurisé hébergé en France |
| Tarif public | Non communiqué ici | Non communiqué ici | 500 € par profil (offboarding) ; 999 € par mois et par entité |
Un départ dans six mois change tout. Si vous avez un horizon court, mesurez le temps qu’il faudra pour obtenir une base exploitable : avec une interview guidée, quelques sessions suffisent à produire du contenu structuré, alors qu’une démarche de contribution demande des semaines d’habitudes à installer.
Savoir-faire gestuel et visuel sur machine : la photo et la vidéo ont du sens. Savoir de décision, de négociation, de diagnostic, de relation client ou fournisseur : il faut un dialogue qui fait expliciter le raisonnement. C’est le terrain de l’interview.
C’est le facteur d’échec numéro un. Les travaux sur la pérennisation du savoir tacite rapportent que la capture comme finalité première d’un projet IA peut susciter la crainte, chez les acteurs métier, de voir leur valeur ajoutée réduite. Un bon dispositif doit donc faire de l’expert l’auteur et le validateur de ce qui est capté. Notre article sur l’interview par IA, comment s’y préparer et quels droits faire valoir aborde ce point côté collaborateur.
Une fiche de plus dans un dossier partagé ne sert à personne : c’est ce que nous appelons le cimetière documentaire. Posez la question de la restitution : synthèses, processus métier, livrables, agents IA capables de répondre à un nouvel arrivant. Voyez aussi comment le contenu est structuré, ce que nous expliquons dans la structuration automatique du savoir et dans notre texte sur l’ontologie métier.
Qui valide ? Qui peut interroger quoi ? Où sont stockées les données ? Pour des savoirs stratégiques, ces questions précèdent les fonctionnalités. Nous les traitons dans la gouvernance des connaissances. Skillsay propose un stockage sécurisé hébergé en France, avec workflow de contribution et de validation.
Nous ne considérons pas que Shiroo et Skillsay jouent exactement au même jeu, et c’est pour cela que nous préférons parler d’approches plutôt que de « meilleur outil ».
Notre conviction tient en une phrase : le savoir qui part avec un expert n’est presque jamais celui qui est écrit quelque part. C’est une méthode, une intuition, un enchaînement de vérifications que la personne ne sait pas elle-même décrire tant qu’on ne le lui demande pas. Un formulaire ou un champ libre ne le demande pas. Un bon intervieweur, si.

C’est pourquoi nous avons construit Olivia, notre IA vocale. Elle ne remplace pas l’expert ni ne le met en concurrence avec une machine : elle lui offre un interlocuteur patient, disponible, qui ne juge pas et qui relance. Les travaux de recherche français sur le sujet décrivent l’IA comme un catalyseur de l’espace partagé de création de savoir plutôt que comme un substitut de l’humain, et c’est exactement notre ligne : l’expert reste l’auteur, il relit et valide.
Nous pensons aussi qu’il faut regarder le savoir comme un flux, non comme un stock. Un coffre bien rangé que personne n’ouvre ne protège rien. D’où notre architecture : interviews pour faire émerger le tacite, puis enrichissement par les documents, vidéos et audios de l’entreprise, puis agents IA qui rendent le tout vivant. Et nous le disons sans détour : la gouvernance compte autant que la technologie. Une capture sans validation par l’expert ni règles d’accès crée de nouveaux risques au lieu d’en réduire.
— quentin
Skillsay se déploie selon votre urgence.
Vous hésitez entre les deux ? Commencez par le profil dont le départ est le plus proche. Pour échanger sur votre cas, rendez-vous sur le site de Skillsay.
Pour aller plus loin sur le fond, notre guide sur le savoir tacite en entreprise pose les définitions, et celui sur les interviews de collaborateurs par IA montre le déroulé concret.
Oui, pour un besoin précis : permettre aux équipes, en particulier industrielles, de partager leur savoir-faire à l’oral, en photo ou en vidéo depuis un smartphone et de le retrouver par recherche sémantique. Sa performance dépend de la régularité des contributions. Pour un départ imminent ou une cession, une interview guidée sécurise plus vite le savoir.
Dans une application de contribution, l’expert décide quoi partager et comment. Dans une interview par IA, c’est l’IA qui pose les questions et relance, ce qui fait émerger le raisonnement et les exceptions que l’expert n’aurait pas pensé à documenter. Les deux approches se complètent selon que vous cherchez un flux continu ou une captation ciblée.
L’interview vocale par IA pour un offboarding coûte 500 € par profil, en achat ponctuel. La solution complète de Knowledge Management enrichie par l’IA coûte 999 € par mois et par entité.
Oui, c’est un cas courant : l’interview capte le tacite que votre base actuelle ne contient pas, puis Skillsay peut enrichir cette mémoire avec vos documents, vidéos et audios. Il faut simplement décider dès le départ qui valide le contenu et où il est stocké.
Cela dépend de la manière dont le projet est présenté. Les recherches françaises montrent que la crainte de perdre sa valeur est réelle : expliquez que l’expert reste l’auteur, relit et valide ce qui est retenu. Le format oral, sans formulaire à remplir, est souvent mieux accepté.